Le temps des CEPIAS

8 mars 2016

magic_cubeComme cela se profilait ce sont bien dix-sept nouveaux Centres de Prévention des Infections Associées aux Soins (CEPIAS) qui verront le jour en 2017. Pour un homme du sud-ouest l’acronyme sonne bien à l’oreille évoquant les cèpes ou les cépages qui irriguent nos terroirs et enchantent nos palais. Si l’on est de culture ibérique on se dira que Cepia signifie sèche en espagnol et que les dix bras de ce céphalopode nous seront précieux pour faire face aux enjeux qui s’offrent à nous. Au-delà de l’envolée gastronomique et sémantique, ces centres de prévention auront la mission d’animer dans chaque région la prévention du risque infectieux et d’améliorer la sécurité des patients en France. Leur feuille de route sera tout naturellement le nouveau programme de prévention des infections associées aux soins plus connu désormais via son sigle PROPIAS et son logo acidulé. Après 25 ans de bon et loyaux services le réseau CClin/Arlin va donc faire sa mue et s’adapter à la nouvelle territorialité du pays et au dispositif prévu par la dernière loi santé pour la prendre en compte.

Il ne s’agit pas d’une disparition mais d’une évolution autour du regroupement et de la réorganisation des trente et une structures actuelles pour en former dix-sept plus homogènes et plus en phase avec les besoins d’accompagnement de l’ensemble du parcours patient. Pour s’y préparer le ministère, via sa Direction générale de l’offre de soins, a abondé en 2016 la dotation nationale du réseau CClin/Arlin d’un million d’euros pour mieux accompagner le secteur médico-social et les soins de ville. En ces temps économiques difficiles il faut souligner cet effort et remercier la DGOS qui de tout temps a toujours défendu en France les moyens accordés à la prévention des IAS et à la sécurité des patients. Évidemment le lancement des CEPIAS va entrainer une nécessaire restructuration des moyens sur le territoire mais celui-ci se fera dans le respect des organisations et des personnes avec la volonté de conserver puis d’accroitre le niveau d’expertise actuel de la prévention des IAS en France.

Imahe_Simulation_2Les enjeux du futurs sont passionnants pour les hygiénistes quel que soit leur mode d’exercice. Grâce aux actions conjointes de la HAS, de la SoFraSims et de la SF2H, le manuel d’évaluation des centres de simulation en santé a fait en 2015 une large place à la prévention du risque infectieux. A chacun désormais de saisir l’opportunité de permettre à chaque futur professionnel de santé d’intégrer que la gestion du risque infectieux est une aussi base de son exercice et de son art débutant. Les CEPIAS vont posséder nombre d’experts en matière de simulation en santé et devront continuer à développer ce champ de compétence. Ils devront accompagner avec les ARS l’implantation des nouveaux centres de simulation dans leur région et aider les équipes d’hygiène à s’approprier le sujet et ses méthodes. De notre côté 2016 sera l’année de conception d’un jeu sérieux de grande ambition pour promouvoir la connaissance des précautions standard sur toute la filière de soins. Bénéficiant d’un fort soutien financier de l’ARS ALPC ce projet sera managé par Anne-Gaëlle VENIER notre spécialiste de la « gamification » et de l’univers ludoéducatif.

Les grandes régions et leur CEPIAS vont devoir aussi affronter l’élargissement de l’obligation de signalement à l’ensemble des IAS et le nouvel impératif de notre code de la santé publique de réaliser des analyses de causes de ces événements. De nombreux collègues, grâce en particulier à la dynamique impulsée par l’indicateur bactériémie à SARM, commencent à bien s’approprier l’analyse des causes et ont investi non seulement la phase de prévention mais aussi désormais la phase d’atténuation qui est la prise en charge du patient une fois les premiers symptômes de l’infection apparus. Tout cela est très prometteur pour l’avenir et il faut continuer à creuser ce sillon fort de la légitimité non négociable que lui a offert la loi santé.

La création des Réseaux régionaux de vigilance et d’appui (RREVA), sous la coordination des ARS, va permettre d’associer de façon synergique les compétences existantes dans ces domaines et de rendre encore plus efficients nos stratégies et nos actions. Ces collaborations existent déjà dans de nombreuses régions et ne s’en trouveront que confortée et plus légitime. La nouvelle Agence de Santé Publique devra de son côté réinventer une forme de gouvernance et d’animation nationale pour coopérer avec les CEPIAS à la mise en place des projets nationaux en particulier dans le champ de la surveillance des IAS. La balle est désormais dans son camp.

La phase de transition qui amène vers 2017 génère, et c’est logique, quelques inquiétudes mais elle est surtout porteuse d’un souffle régénérant qui permet de réfléchir à de nouvelles organisations et de bâtir de nouveaux projets pour faire de l’aventure CEPIAS un projet encore plus performant que l’aventure CClin/Arlin. Le challenge est de taille mais il donne envie de le relever et les usagers du système de santé français attendent cela de nous.

Pierre Parneix
Responsable du CClin Sud-Ouest

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