Les Soignants

4 novembre 2015

6577_b_7228Le poète William Ernest Henley eut tout le loisir de mettre son art au service de la description du monde hospitalier où son affection tuberculeuse le contraignit à un durable isolement. Atteint aussi d’une forme osseuse de l’affection il fut d’abord amputé du pied droit. Mais lorsque vint l’annonce d’une ablation similaire promise à son pied gauche, il alla chercher l’aide du grand maitre de la chirurgie du moment celui qu’il décrit avec dithyrambe dans son poème intitulé « Le Chef ». Il écrit : « Nous le tenons pour un autre Hercules ; luttant contre la coutume, les préjugés, la maladie ; comme autrefois le fils de Zeus avec la mort et l’enfer ». C’est un juste hommage à celui qui réussit à le guérir sans mutilation additionnelle même si cela occasionna un séjour de trois années de notre poète à l’Infirmerie Royale d’Édimbourg entre 1873 et 1875. Cet illustre thérapeute se nomme Joseph Lister ; patronyme doux à l’oreille de l’hygiéniste.

Mais revenons à notre poète qui durant sa longue cohabitation avec le monde soignant eut le plaisir de croiser souvent son ami Robert Louis Stevenson. Ce nom vous est forcément familier même si vous ne l’associez peut-être pas immédiatement à son œuvre phare qui a pourtant bercé, ou hanté selon le cas, votre enfance. C’est en effet l’auteur de « L’île au trésor » qu’il publia en 1883. Il est intéressant de se remémorer un des personnages à savoir Long John Silver, ce quartier maitre du vaisseau pirate Walrus commandé par le fameux et terrible capitaine Flint. Toutefois, il se dit que le seul homme redouté par Flint était Silver et sa fameuse jambe de bois séquelle de son engagement au combat. Et bien, l’idée de ce personnage vint à Stevenson en fréquentant son ami Henley et sa jambe perdue dans un combat d’une autre nature.

Retournons donc à la poésie hospitalière d’Henley dont deux des plus beaux fleurons sont consacrés au monde infirmier. Le premier poème a pour titre : « Infirmière : nouveau style » et montre sa tendresse pour le monde soignant. Il écrit : « Je la vois comme elle entre, jour après jour ; comme un doux coucher de soleil presque passé ; bonté et calme, clinicienne à tout instant ; superbement drapée de sa tenue grise sobre ». Tout aussi émouvant est son poème « Infirmière : ancien style ». Il y écrit : « Les patients et les étudiants la considèrent comme très chère. Les médecins l’aiment, la taquinent, utilisent ses compétences. Ils disent : « Le chef lui-même a à moitié peur d’elle ». Difficile de poser un regard plus lucide et positif que ne le fit William Ernest Henley au cours de sa longue hospitalisation sur les hommes et les femmes qui concoururent à sa guérison.

Sans prétendre avoir la verve d’Henley, j’ai pu observer récemment, en tant que patient, ce que cet univers est devenu au XXI° siècle mais sur une période louablement plus réduite. Il reste toujours des soignants emblématiques qui portent l’âme et l’histoire d’un service et d’une discipline et savent vous transmettre leur courage et leur confiance. Comment ne pas porter un regard bienveillant sur ceux et celles qui, dans un contexte de charge en soins maximale, donnent le meilleur pour prodiguer des soins de qualité sans en laisser trop transparaitre la pesanteur. Alors, l’œil taquin de l’hygiéniste eut l’opportunité de noter quelques écarts à son idéal de pratique ; occasion de questionner tant la pratique que l’idéal. J’ai constaté qu’une préoccupation très récente comme l’identitovigilance a su créer des automatismes bien ancrés en un temps très court. On peut y voir là d’une part la simplicité de la procédure de vérification mais aussi le caractère frappant du risque associé à savoir l’erreur de patient. Il y a sûrement là pour nous matière à tirer des enseignements en simplifiant encore nos préconisations sur la base des meilleures connaissances scientifiques et en sachant mieux matérialiser notre risque associé aux écarts.

La prévention du risque infectieux associé aux soins se doit plus que jamais d’être en phase avec les soignants qui ont pour tâche de la mettre en œuvre.

Pierre Parneix

>> Découvrir : http://www.poemhunter.com/william-ernest-henley/poems/

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